Résumé exécutif
La plupart des affaires de cette série montrent un système qui échoue lentement. Celle-ci montre un système qui fonctionne vite, sous les faits les plus tragiques que l'on puisse imaginer. Après qu'une catastrophe de téléphérique en Italie eut tué presque toute une famille italo-israélienne, l'enfant orphelin survivant fut plus tard emmené d'Italie en Israël par un proche en deuil, sans autorisation judiciaire. Les deux pays sont membres de la Convention de La Haye. Les tribunaux israéliens — un tribunal de la famille, un tribunal de district et la Cour suprême — ont tranché l'affaire et renvoyé l'enfant en Italie en 83 jours, proches des six semaines auxquelles aspire le traité et environ un quart de la moyenne mondiale. L'affaire montre que la rapidité est atteignable et qu'elle fait elle-même partie du bien-être de l'enfant ; que le chagrin n'est pas un moyen de défense juridique ; et qu'après une catastrophe familiale, une tutelle rapide est la meilleure protection d'un enfant. Cet article est éducatif et ne constitue pas un conseil juridique, et ne prend parti pour aucun membre d'une famille endeuillée.
Introduction
La Convention de La Haye aspire à décider du retour d'un enfant enlevé en six semaines. La critique — y compris, par endroits, cette série — a montré combien c'est rare. L'affaire Eitan Biran en est le contre-exemple : la preuve que l'ambition des six semaines n'est pas un fantasme mais un choix. Elle porte aussi des leçons plus dures, sur le deuil et le droit, et sur les rares cas où la personne qui emmène un enfant n'est pas du tout un parent.
Contexte juridique : le retour, non la garde
Une affaire de retour de La Haye ne décide qu'une seule chose : si un enfant déplacé illicitement doit être renvoyé dans le pays de sa résidence habituelle, afin que les tribunaux de ce pays statuent sur son avenir. Elle ne décide pas qui doit l'élever. Le « droit de garde » au sens de la Convention peut appartenir non seulement à un parent, mais à un tuteur ou une institution désignés par le tribunal — point central de cette affaire, car c'est le tuteur de l'enfant en Italie, et non un parent survivant, qui détenait les droits rendant le déplacement illicite. Comprendre que le retour décide du for, non de la valeur de la famille, est essentiel pour lire ce qu'ont fait les tribunaux israéliens.
Ce qui s'est passé
Le 23 mai 2021, un téléphérique s'est effondré sur le mont Mottarone, en Italie. Quatorze personnes sont mortes, parmi elles une jeune famille italo-israélienne vivant près de Pavie : un père, une mère, leur jeune fils et des arrière-grands-parents. Un membre de la famille dans la cabine a survécu — un garçon de cinq ans, hospitalisé avec de graves blessures et, soudain, insupportablement, orphelin. L'affaire est connue dans le monde entier comme l'affaire Eitan Biran.
L'enfant vivait en Italie depuis son plus jeune âge ; ses parents y avaient déménagé depuis Israël des années auparavant. Après la catastrophe, un tribunal italien a nommé sa tante paternelle — médecin vivant en Italie, dont la famille faisait partie de son quotidien — comme tutrice temporaire, et il a commencé sa longue convalescence chez elle.
La famille de sa mère en Israël, tout aussi dévastée, croyait avec la même conviction que le garçon devait être avec eux, en Israël, parmi le peuple de sa mère. Le 11 septembre 2021, lors d'une visite convenue, son grand-père maternel a fait passer l'enfant en Suisse et s'est envolé avec lui vers Israël dans un avion privé. Aucun tribunal n'avait autorisé le déplacement ; la tutrice n'a appris que l'enfant avait quitté le pays qu'une fois parti.
Il faut dire clairement ce que le dossier établit : il n'y avait pas de méchants dans cette famille. Chaque adulte de l'affaire avait enterré quelqu'un sur cette montagne ; chacun croyait protéger ce qui restait. C'est précisément pourquoi l'affaire compte — parce que la réponse du droit ne dépendait de la méchanceté de personne. Le déplacement illicite se définit par les droits et la résidence habituelle, non par le motif. Le chagrin ne crée pas d'exception ; s'il le faisait, l'exception avalerait le traité.
Ce qu'ont fait les tribunaux israéliens
L'Italie et Israël sont tous deux des pays de la Convention, et la tutrice a déposé une demande de La Haye en Israël. Le calendrier raconte l'histoire :
- 11 septembre 2021 — l'enfant est emmené d'Italie.
- 25 octobre 2021 — le tribunal de la famille de Tel-Aviv statue : la résidence habituelle de l'enfant était l'Italie, où il avait vécu presque toute sa vie ; sa tutrice désignée par le tribunal détenait les droits de garde pertinents ; le déplacement était illicite au sens de la Convention. Retour ordonné — environ six semaines après le déplacement, proche du calendrier auquel aspire le traité.
- Novembre 2021 — le tribunal de district rejette l'appel de la famille ; la Cour suprême d'Israël suspend brièvement le retour pour entendre un ultime recours, puis, le 29 novembre, le rejette et ordonne le retour de l'enfant avant le 12 décembre.
- 3 décembre 2021 — l'enfant atterrit en Italie. Quatre-vingt-trois jours, du début à la fin, à travers trois instances judiciaires.
Comparons cela aux données mondiales : la demande de retour moyenne déposée en 2021 a pris 207 jours jusqu'à un premier résultat ; les affaires tranchées par les tribunaux ont pris en moyenne 220 jours ; les appels ont ajouté des mois, et 24 % des affaires dans le monde ont traîné au-delà de 300 jours. Les chiffres plus larges d'Israël montrent que ce n'était pas un sprint isolé : dans l'étude de 2021, les affaires israéliennes ont pris en moyenne 138 jours au total, l'Autorité centrale transmettant les demandes au tribunal en 55 jours et les tribunaux statuant en 64 — l'un des systèmes documentés les plus rapides, obtenu avec un plein contrôle en appel.
Trois traits du raisonnement des tribunaux méritent d'être largement copiés :
- Ils ont refusé de rejuger l'amour. Le tribunal de la famille a refusé de peser laquelle des familles endeuillées pouvait offrir davantage ; c'est une question de garde, et un tribunal de La Haye ne décide que du for — le pays dont les tribunaux trancheront. Les tribunaux italiens entendraient tout ce que la famille maternelle souhaiterait plaider.
- Ils ont traité la rapidité comme une part du bien-être de l'enfant, non comme son contraire. Un enfant traumatisé et blessé avait besoin de certitude plus que de mois supplémentaires de limbes contestées dans un pays nouveau. Les tribunaux ont agi en conséquence — preuve que la célérité et le soin sont alliés, non rivaux.
- Ils ont géré le retour avec humanité. Les décisions ont réglé la transition, les contacts et la place durable de la famille maternelle dans la vie de l'enfant. Le retour est un franchissement de frontière, non un verdict sur la valeur d'une famille.
La suite a porté sa propre leçon grave : des poursuites pénales pour le déplacement ont visé le grand-père, se soldant par un accord de plaidoyer et une peine avec sursis. La voie de fait a coûté à un homme en deuil des années de péril judiciaire, a gravement abîmé les relations de la famille — et n'a pas déplacé le foyer de l'enfant d'un seul kilomètre. Comme l'enlèvement dans la rue dans X c. Lettonie (article n° 3) et le ré-enlèvement dans Tiemann (article n° 9), elle rejoint le dossier intitulé : le raccourci ne marche jamais.
Analyse de l'affaire — les 2 %, quand celui qui emmène n'est pas un parent
Les données mondiales indiquent qu'environ 2 % des personnes qui emmènent l'enfant ne sont ni la mère ni le père — grands-parents, proches, institutions. C'est le coin le moins étudié du domaine, et cette affaire en est l'exemple public déterminant. Ces situations partagent une signature : elles éclatent autour de la mort, de la maladie ou de l'effondrement, quand les familles élargies se saisissent — par amour et par panique — d'un enfant par-delà les frontières. La réponse juridique est identique à celle des affaires parentales ; la réponse préventive est différente : une tutelle réglée vite et communiquée clairement après une catastrophe familiale ferme la brèche par laquelle surviennent les déplacements dictés par le deuil. C'est la nomination précoce d'un tuteur par l'Italie qui a rendu, d'emblée, l'affaire de La Haye gagnable.
Ce que cela montre sur les limites — et les possibilités — de la Convention de La Haye
Là où la majeure partie de cette série montre les manquements du traité, cette affaire montre son potentiel quand un État choisit de le réaliser. L'ambition des six semaines de la Convention n'est pas un fantasme de rédaction ; Israël l'a tenue, à travers trois tribunaux, sous les faits les plus durs qu'un tribunal puisse affronter. La limite exposée ici n'est pas celle du traité, mais celle de tout système lent : 83 jours sont une preuve d'existence que la moyenne mondiale de 207 jours est un ensemble de choix, non une fatalité. Une critique amicale subsiste même face à ce système rapide : Israël ne publie aucune statistique annuelle de son Autorité centrale. Les seuls chiffres israéliens publics existent parce que les études de la HCCH les recueillent tous les six à huit ans. Un système aussi rapide devrait vouloir que le monde voie ses données chaque année — le modèle allemand (article n° 9).
Ce que parents et professionnels devraient comprendre
Pour les familles, la leçon pratique est à la fois crue et douce : après une tragédie, le vide qui précède le règlement de la tutelle est exactement le moment où les enfants sont déplacés — de sorte qu'une ordonnance judiciaire rapide, là où l'enfant vit réellement, est une protection, non de la paperasse. Pour les tribunaux et les décideurs, l'affaire est la preuve la plus claire disponible que célérité et soin ne s'opposent pas : un processus rapide et humain a mieux servi un enfant en deuil qu'un processus lent n'aurait pu le faire. Et pour quiconque est tenté par la voie de fait, la suite est l'avertissement : elle n'a rien changé, sinon d'ajouter un péril pénal et d'aggraver les blessures d'une famille.
Limites
Cette étude de cas s'appuie sur des articles de presse réputés et des commentaires juridiques, non sur les jugements israéliens primaires dans leur intégralité. Les délais rapides d'Israël ici ne doivent pas être lus comme une garantie dans chaque affaire. L'article ne prend position sur aucun litige entre les membres de la famille et ne rapporte l'issue pénale que comme un fait relevant du domaine public. Les statistiques proviennent de l'étude mondiale de la HCCH.
Conclusion
Le plus fort argument contre la norme mondiale des 207 jours n'est pas doctrinal ; c'est un enfant sur un lit d'hôpital qui avait besoin de savoir, vite, où était son foyer. Les tribunaux d'Israël ont répondu en 83 jours, à travers trois instances, sans sacrifier le soin à la rapidité ni la rapidité au soin. Ce nombre devrait interpeller tout système qui en prend quatre cents — et rappeler à tous que, dans ce domaine, aller vite est une forme de bonté.
Foire aux questions
Un grand-parent ou un autre proche peut-il « enlever » un enfant au sens de la Convention de La Haye ? Oui. La Convention s'applique dès qu'un enfant est déplacé illicitement en violation d'un droit de garde — lequel peut appartenir à un parent, à un tuteur désigné par le tribunal ou à une institution. Environ 2 % des personnes qui emmènent l'enfant sont des proches ou d'autres personnes, non les parents.
Les tribunaux israéliens ont-ils décidé qui devait élever l'enfant ? Non. Ils ont seulement décidé que l'enfant devait être renvoyé en Italie, son pays de résidence habituelle, afin que les tribunaux italiens statuent sur son avenir. Une affaire de La Haye décide du for, non de la garde.
Un bon motif est-il un moyen de défense contre le déplacement illicite ? Non. Le déplacement illicite se définit par les droits et la résidence habituelle, non par les intentions de celui qui emmène l'enfant. Les tribunaux israéliens ont été explicites : le chagrin et l'amour, si sincères soient-ils, ne transforment pas un déplacement non autorisé en un déplacement licite.
En combien de temps une affaire de La Haye peut-elle être tranchée ? La Convention vise environ six semaines. Cette affaire a pris 83 jours à travers trois tribunaux. La moyenne mondiale en 2021 était de 207 jours — ce qui montre que la rapidité tient largement aux choix et aux moyens d'un système juridique.
Références et sources
- The Times of Israel, « Israeli Supreme Court upholds ruling sending Eitan Biran back to Italy » (29 nov. 2021) : https://www.timesofisrael.com/israeli-supreme-court-upholds-ruling-sending-eitan-biran-back-to-italy/
- The Times of Israel, « Eitan Biran returns to Italy after Supreme Court rejects appeal » (3 déc. 2021) : https://www.timesofisrael.com/eitan-biran-returns-to-italy-after-supreme-court-rejects-appeal-from-mothers-family/
- The Jerusalem Post, « Court: Eitan Biran to return to Italy » (25 oct. 2021, décision du tribunal de la famille de Tel-Aviv) : https://www.jpost.com/breaking-news/court-rules-eitan-biran-to-return-to-italy-683039
- Michigan Journal of International Law (en ligne), Analyzing the Hague Convention… through the case of Eitan Biran (oct. 2021) : https://www.mjilonline.org/analyzing-the-hague-convention-on-the-civil-aspects-of-international-child-abduction-through-the-case-of-eitan-biran/
- The Times of Israel, « Grandfather of Eitan Biran gets suspended jail sentence in plea deal over kidnapping » : https://www.timesofisrael.com/grandfather-of-eitan-biran-gets-suspended-jail-sentence-in-plea-deal-over-kidnapping/
- N. Lowe et V. Stephens, HCCH Doc. prél. 19A (sept. 2024) — données sur Israël (Annexes 1–4, 7–8), comparaisons mondiales des délais : https://assets.hcch.net/docs/a75d7234-deb9-4764-be72-a4a9d87c8af7.pdf